Comptage par densité scientifiquement fondé de l’acte 31 (acte XXXI) des gilets jaunes et autres manifestants. Notre décompte est au pic de mobilisation reste limité à un décompte local par villes pour lesquelles nous avons obtenu des données adéquates.

En partenariat avec Le Nombre Jaune, avec lequel nous échangeons des données, et que nous vous invitons à consulter pour un décompte à l’échelle nationale.

Si vous ne devez faire qu’une seule chose aujourd’hui, votez pour la tenue d’un référendum sur la non-privatisation d’ADP (Aéroports de Paris)! Son importance est clairement expliquée par Osons Causer et RT France: quelque soit l’issue, si la pétition obtient suffisamment de votes, ce sera un énorme coup dur pour la majorité présidentielle! Pour voter c’est ici: https://www.referendum.interieur.gouv.fr/soutien/etape-1

Et si vous souhaitez lutter contre le réchauffement climatique en taxant le kérosène sur les transports aériens, il y a une pétition européenne ici: https://eci.ec.europa.eu/008/public/#/


Notre méthode de comptage, rigoureuse, vérifiable et scientifique, se fonde sur le comptage par densité de Jacobs appliqué aux photographies non-aériennes selon Dillon Cariveau avec les règles de crédibilité de McPhail et McCarthy, avec un score de précision pour qualifier la marge d’erreur de chaque décompte. Notre méthode est la même que celle utilisée par les fact-checkers et historiens. Nous nous basons uniquement sur des preuves observables (photographies et vidéos assez en hauteur et en suffisante qualité et bien localisées/datées), jamais sur les chiffres d’autres observateurs, bien que nous puissions les mentionner pour donner du contexte. Nous détaillons ici notre décompte ville par ville, avec les données sources utilisées et notre méthode pour calculer chacun.

Ce décompte ne se veut pas exhaustif, mais représentatif du nombre de manifestants dans un cortège dans un lieu précis et à un moment donné. Autrement dit, c’est un instantané à minima de ce qu’on peut observer sur photo ou vidéo, et ne peut constituer un décompte exhaustif mais simplement donner un ordre d’idée de la mobilisation. Notez qu’avec Le Nombre Jaune nous sommes les seuls à fournir un comptage basé sur des données sourcées et détaillées.

Nous ne cachons pas que nous sommes engagés, et cela n’entame en rien notre soucis d’objectivité: l’objectivité s’atteint par une méthode, pas par la neutralité de ses pensées. Tout comme plus personne, et les scientifiques les premiers, ne peut plus rester neutre face aux catastrophes causées par le changement climatique, nous nous engageons afin que les méthodes scientifiques aient un impact positif sur la société.

Nous échangeons des données avec Le Nombre Jaune depuis l’Acte 11, et ceux-ci reprennent régulièrement nos décomptes pour certaines villes, principalement les gros rassemblements sur lesquels notre méthode par densité est plus adaptée.

Nos comptages se fait au pic de mobilisation (donc à une heure variable) autant que possible (selon les données qui nous parviennent), contrairement au Ministère de l’Intérieur qui fournit deux chiffres à heures fixes (14h et 18h respectivement, voir ce billet pour plus d’informations sur leur méthode). D’autre part, nous considérons les manifestations convergentes, tandis que le Ministère les exclut.

Enfin, il est à noter que nous décomptons selon les données que nous arrivons à nous procurer (images assez en hauteur pour estimer la densité, plan assez large pour estimer périmètre, lieu et heure assez précis). Si vous avez de meilleures images/vidéos, n’hésitez pas à nous en faire part en commentaire!

Les données (photos, vidéos) ont été soit échangées avec le collectif Le Nombre Jaune (groupe Facebook Le Nombre Jaune), soit trouvées sur Twitter (recherche avec les mots clés: #giletsjaunes ville, où ville est remplacé par la ville) soit ailleurs sur Facebook (mots clés: gilets jaunes ville live).

Nous tenons à remercier chaleureusement les auteurs des photos et vidéos que nous utilisons ici ou que nous avons considéré pour notre comptage: nous ne pourrions rien faire sans vous! Nos référents terrains prennent d’ailleurs de plus en plus de risques avec la montée de la répression policière. Observer et compter est devenue une activité risquée. De même pour les auteurs de données que nous n’avons pas pu utiliser, nous vous remercions tout autant, car toutes les photos et vidéos de foules sont utiles dans notre processus de sélection, soyez-en certains!

De plus en plus d’autres acteurs convergent avec le mouvement des gilets jaunes, aussi nos décomptes intègrent également ces acteurs qui se joignent aux cortèges des gilets jaunes (puisque, comme pour la manifestation pour le climat, il n’y a aucun moyen de différencier ces manifestants qui participent aux mêmes cortèges).

Score de précision et marge d’erreur

Depuis l’Acte XV, nous dérivons pour chaque décompte par densité un score de précision (voir ici pour plus d’infos). Nous prenons en compte ce score de précision lorsque nous choisissons le chiffre final à rapporter pour une ville (par exemple, entre un chiffre haut à précision faible, et un chiffre plus bas à précision haute, nous choisissons celui à précision haute. Lorsque la précision est moyenne pour le chiffre haut, nous pouvons rapporter les deux).

Comptage ultra-précis par vision artificielle

Nouveauté cette semaine: nous intégrons les décomptes issus du travail remarquable de Henri Deadlonexus, qui a conçu une méthode de comptage assistée par ordinateur! Cette méthode est ultra-précise, puisque fondée sur la vision artificielle (sous-domaine de l’intelligence artificielle), qui consiste à détecter automatiquement les passants.

Cette méthode est qualifiée d’ultra-précise puisqu’elle compte exactement chaque manifestants, un par un, sans aucune approximation, contrairement aux autres méthodes « humaines » comme la méthode par densité ou à vue. En effet, la machine a la possibilité de tracker/suivre un nombre quasi illimité de passants simultanément, quant le cerveau humain est limité à environ 7.

Cette méthode n’est bien entendu pas parfaite, et présente les défis usuels en vision artificielle: occlusion, plan stables, intensité lumineuse de la scène, etc. C’est pourquoi cette méthode est vérifiée manuellement par un opérateur, en l’occurrence Henri, qui vérifie que chaque manifestant est bien détecté et détecté une fois (une boite de couleur apparait sur la tête du manifestant). De cette façon, avec la vérification manuelle, il est possible d’éliminer le risque de sur-estimation. D’autre part, l’algorithme utilisé prend en compte la direction des manifestants, en différenciant la zone de détection des passants (zone d’entrée) et la zone de comptage (zone d’arrivée).

Le code couleur est le suivant:

  • Boite bleue: passant détecté, mais pas encore compté.
  • Boite verte: passant détecté et compté, car arrivé en zone de comptage.
  • Boite rose: passant rajouté manuellement car pas détecté par la machine.

Lorsque disponible, nous fournissons les vidéos de ces décomptes dans des sous-sections nommées « Décompte par vision artificielle« .

Pour plus de détails techniques, voici ce que décrit l’auteur:

Liste non exhaustive des outils:

Frameworks:
* Qt5 : https://www.qt.io/
* MXNet : https://mxnet.apache.org/
* Ubuntu 18.04 CUDA 10 : https://www.nvidia.fr/object/cuda-par…
* OpenCV4 : https://opencv.org/

Algorithmes de calculs exterieurs:
* Détection d’objets: Faster R-CNN : https://github.com/ijkguo/mx-rcnn
* Tracking: Optical Flow : https://en.wikipedia.org/wiki/Optical…

Et plus de 10000 lignes de code perso.

Comptage par ville

Paris

Avant-propos

Deux cortèges principaux étaient prévus. Nous comptons celui de Bastille, tandis que celui de Décla Ta Manif ne comptait que quelques dizaines de manifestants (voir vidéo ici).

Donnée 1

Nous utiliserons cette vidéo de @GiletsJaunesGo, filmée vers ou avant 11h49 (heure du post Twitter):

Combinée à celle-ci:

Et à celle-ci:

La scène se déroule au départ du cortège à la Place de la Bastille.

Voici notre géobalisage MapChecking:

Superficie: 2337.53 m². Cortège mobile. Nous considérons une densité légère, soit 1.394 m²/personne.

Nous décomptons 1 677 manifestants dans ce cortège Bastille à Paris vers ou avant 11h49 (heure du post Twitter).

Critères: C1-C4. Précision: Faible.

Donnée 2

Nous utiliserons cette vidéo de RT France, filmée à 14h54 (heure Facebook Live), et synchronisée à 7:42 (15h02 heure réelle):

Nous géolocalisons la scène au 54 rue de Crimée, permanence LREM du 16e arrondissement.

Voici notre géobalisage MapChecking:

Superficie: 1287.70 m². Cortège mobile. Nous considérons une densité moyenne, soit 0.627 m²/personne.

Nous décomptons 2 054 manifestants dans ce cortège Bastille à Paris à 15h02 (heure Facebook Live + curseur).

Critères: C1-C4. Précision: Faible.

Donnée 3

Nous utiliserons cette vidéo de « 100% Jaune », filmée vers ou avant 15h59 (heure du post Facebook):

Nous géolocalisons via l’enseigne « Paradis D Griff », au 141-129 rue Lafayette.

Voici notre géobalisage MapChecking:

Superficie: 1777.45 m². Cortège statique. Nous considérons une densité entre moyenne et légère, soit 1.5 m²/personne.

Nous décomptons 2 666 manifestants dans ce cortège Bastille à Paris vers  ou avant 15h59 (heure du post Facebook, mais en réalité avant 15h45 comme la vidéo de comptage par vision artificielle ci-dessous le montre).

Critères: C1-C4, C5. Précision: Moyenne.

Comptage par vision artificielle

Henri a pu produire un comptage tout particulièrement intéressant pour cet acte, avec non pas un mais trois décomptes du même cortège à différentes heures, ce qui permet de constater que le cortège peut effectivement grossir au fil de la journée (+52% en 3h!):

Voici le commentaire d’Henri:

Le cortège Bastille a été compté trois fois pour l’acte 31.

  • Boulevard Picpus à 12h39 pendant 8 minutes : 925 manifestants
  • Rue des Pyrénées à 13h28 pendant 6 minutes : 1015 manifestants
  • Rue La Fayette à 15h45 pendant 10 minutes : 1402 manifestants

Pour rappel, ces nombres sont des minima qui démontrent qu’il est impossible d’avoir moins (parce que compté à la main et vérifiable par tout le monde).

Nous retenons le décompte final de 1 402 manifestants dans le cortège Bastille à Paris (118 rue La Fayette) à 15h45. Précision: Vérifié.

Sous-total

Par densité, nous décomptons 2 666 manifestants dans le cortège Bastille à Paris vers 15h45, précision: Moyenne.

Par vision artificielle, à peu près à la même heure, nous décomptons 1 402 manifestants dans le cortège Bastille, précision: Vérifié.

D’autres données sont disponibles (ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici).

Toulouse

Donnée 1

Nous utiliserons cette vidéo de GiletsJaunesToulouse, filmée à 14h15 (heure Facebook Live):

Combinée à cette vidéo filmée à 14h16 (heure Facebook Live):

Et cette vidéo du journaliste Frédéric de RT France, filmée 10 minutes avant à 14h06 (heure du post Twitter):

Voici notre géobalisage uMap:

Superficie: 1425.19 m² et 1761.42 m² pour les aires à densité élevée et légère respectivement. Cortège statique. Nous considérons les constantes de densité de respectivement 2.5 personnes/m² et 1 personne/m².

Nous décomptons 5 324 manifestants dans ce cortège à Toulouse à 14h16 (heure Facebook Live synchronisée).

Critères: C1-C4, C6. Précision: Moyenne.

Donnée 2

Nous utiliserons cette vidéo du journaliste Frédéric de RT France, filmée vers 14h20 (heure du post Twitter):

Voici notre géobalisage MapChecking:

Superficie: 3428.30 m². Cortège mobile. Nous considérons une densité mobile moyenne, soit 0.627 m²/personne.

Nous décomptons 5 468 manifestants dans ce cortège à Toulouse vers 14h20 (heure du post Twitter).

Critères: C1-C4, C5. Précision: Moyenne.

Sous-total

Puisque les deux décomptes sont similaires, nous pouvons ajouter le critère de précision C7. Aussi, nous décomptons 5 468 manifestants à Toulouse vers 14h20 (heure du post Twitter), précision: Haute (critères: C1-C4, C5, C7).

Toulouse avait été annoncée comme la capitale de cet acte 31.

À noter que ce cortège à été dispersé dès son départ, dans les 5 minutes qui ont suivies. Le cortège n’était donc comptable que sur cette place, quand il était statique. Il est donc impossible que la police ait pu compter ce cortège par sa seule méthode officiellement connue de comptage à vue. Jusqu’à preuve du contraire, ce cortège n’a donc pas été compté par le Ministère de l’Intérieur.

On notera aussi la violence des forces de l’ordre: «des passants, dont des familles avec enfants, paniqués, ont couru se réfugier dans les commerces environnants.» d’après Le Parisien.

Villes non décomptées

Tableau récapitulatif

VilleDécompteHeurePrécision
Toulouse5 46814h20Haute
Paris2 66615h45Moyenne (dont 1 402 Vérifié)

Conclusion

Nous décomptons un total de 8 134 manifestants, sur seulement 2 villes pour lesquelles nous avons eu des données utilisables pour un comptage par densité ou par vision artificielle, dont 5 468 à Toulouse et 2 666 à Paris (dont 1 402 confirmés par vision artificielle). Contre 7 900 sur 3 villes pour l’Acte 30.

Ce chiffrage ne se veut pas exhaustif à l’échelle nationale, mais représentatif de la mobilisation à minima pour les villes pour lesquelles nous avons eu assez de données pour faire un décompte par densité. Pour un décompte plus exhaustif, nous vous redirigeons vers notre partenaire Le Nombre Jaune.

Nous soulignons que ce décompte, bien que le nombre de villes comptabilisées peut sembler faible, cela nous prend en moyenne 15h à 20h de travail, chaque week-end, et ce sans compter les diverses sollicitations sur réseaux sociaux, les re-comptages, le développement de nos méthodologies comme le score de précision… Autant dire que notre week-end y passe. Plus de la moitié de ce temps de travail réside dans la recherche, la sélection et le rapprochement chronologique de données adéquates, aussi vous pouvez nous aider à compter plus de villes et avec une plus grande précision en nous faisant remonter vos vidéos de cortèges statiques (sur une place par exemple)!

Au niveau de l’évolution de la mobilisation, nous ne pouvons nous prononcer à l’échelle nationale. Néanmoins, au niveau des villes décomptées, il semble y avoir eu une légère hausse de la mobilisation.

En fin de journée, le Ministère à estimé 7 000 manifestants en France dont 950 à Paris (contre 10 300 manifestants en France, dont 1 300 à Paris la semaine d’avant). Pour la 1ère fois, le Ministère de l’Intérieur n’a communiqué qu’un seul chiffre en fin de journée à 19h, qui sont donc un mélange des chiffres de mi-journée et des chiffres de fin de journée.

Puisque nous avons pu effectuer cette semaine encore un décompte ultra-précis par vision artificielle (et vérification manuelle par un opérateur) sur Paris, et qui plus est à 3 moments différents dans la journée, nous pouvons effectuer une analyse particulièrement fine des chiffres du Ministère.

En effet, nous avons pu compter 925 manifestants à 12h39, décompte similaire à celui du Ministère. En revanche, à 15h45, le cortège à grossi de 52%, soit 1 402 manifestants. On peut donc confirmer ici que le Ministère a communiqué ses chiffres comptés en mi-journée pour Paris comme ses chiffres finaux en fin de journée, avec une minimisation donc de 48%.

Concernant Toulouse, capitale de l’acte 31, ce cortège à été dispersé dès son départ, dans les 5 minutes qui ont suivies. Le cortège n’était donc comptable que sur cette place, quand il était statique. Ce qui est possible avec notre méthode par densité, mais impossible avec un comptage à vue, pourtant seule méthode officiellement reconnue par la police à ce jour. Il est donc impossible que la police ait pu compter ce cortège par sa seule méthode officiellement connue de comptage à vue. Jusqu’à preuve du contraire, ce cortège n’a donc pas été compté par le Ministère de l’Intérieur.

https://twitter.com/gjsciences/status/1139962504635961344

Nous vous renvoyons vers notre billet dédié, démontrant de façon formelle la minimisation des chiffres du Ministère de l’Intérieur. Nous y avions déjà décrit tous les procédés qui se vérifient encore pour cet acte, à savoir une minimisation de la valeur absolue des chiffres, et l’utilisation du prétexte de la convergence pour ignorer les manifestants gilets jaunes participant à des cortèges convergents.

Comme d’habitude, petite compilation d’événements et informations relatives à cet acte:

  • Gardes à vue abusives déplorées par le rapporteur de l’ONU:

  • Une majorité de Français souhaitent la démission du Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner:

  • Preuve de la violence illégitime dont ont fait preuve les forces de l’ordre à Toulouse lors de cet acte 31, ceux-ci se sont attaqués à un café, à son personnel et ses clients, et a brulé la toile avec des lacrymos.

https://twitter.com/1_jaunes/status/1139950021934235648

  • Selon une étude de Reuters, la confiance des français dans les médias a chuté de 11 points (à 24% seulement!) en 1 an suite à la crise des gilets jaunes:

  • Notre Président Emmanuel Macron se fait copieusement hué lors d’un match, sans que cela ne soit rapporté par les journaux bien entendu:

https://www.facebook.com/groups/277506326438568/permalink/562462187942979/

  • Liberté de la presse: le journaliste Taha Bouhafs, qui a révélé l’affaire Benalla, est pourchassé par le pouvoir en place, et la plupart des éditocrates se lancent dans un chasse à l’homme ignoble, sur ce journaliste indûment qualifié de « militant »:

  • Les syndicats de police menacent ouvertement les juges en cas de condamnations pour violence policière. Néanmoins, le Syndicat de la Magistrature reste optimiste, et espère que le gouvernement soutiendra les juges qui prendront des décisions «courageuses»…

Extraits (la mise en gras est de notre fait):

Il y a le ton outragé : «Un policier renvoyé aux assises, mais comment des juges ont-ils pu prendre une telle décision ?» (Unité SGP-Police). La mise en garde : «Attention, nous n’accepterons pas que nos collègues servent de boucs émissaires pour satisfaire une idéologie antiflics»(Alliance police nationale). La menace nette et sans bavure : «Si nos collègues venaient à être injustement condamnés, nous saurons ce qu’il nous reste à faire… et notre colère, personne ne pourra la contenir»(Alliance encore).

Ces communiqués, les deux syndicats, qui représentent les deux tiers de la profession, les ont rédigés après l’interview accordée par le procureur de Paris, Rémy Heitz, au Parisien le 31 mai. Que disait le magistrat ? Rien de tonitruant, à part que pour la police aussi, la justice passera. «Je veux être très clair : il n’y a aucune volonté de ma part d’éluder les violences [commises par les forces de l’ordre, ndlr] ou de les minimiser. […] Toutes les procédures vont être analysées avec beaucoup d’attention. Il y aura des classements sans suite. Il y aura aussi des renvois de policiers devant le tribunal correctionnel d’ici à la fin de l’année.» D’où cette question : les syndicats de police sont-ils contre l’Etat de droit que leur profession est pourtant censée garantir ?

  • Clou du spectacle, la cheffe de l’IGPN reprend la ligne gouvernementale qui veut que l’on évite le terme de violences policières:

Pour rappel, selon la Cour Européenne des Droits de l’Homme dont la France est signataire, les plaintes de mauvais traitement par la police doivent être enquêtées par une entité indépendante. Or, d’après la déclaration de la cheffe de l’IGPN, et selon cette enquête sur les violences policières en Europe de Juin 2017 du Comité Hongrois Helsinki (miroir local: police_violences_europe_juin17.pdf):

L’IGPN est incorporée dans l’organisation de la Police nationale en tant que direction, les inspecteurs sont d’anciens policiers et ils conservent ce statut et continuent d’être employés par la Police dans leur nouvelle fonction. Cela s’applique mutatis mutandis à l’IGGN. Ces organes ne sont pas indépendants ni sur le plan organisationnel ni sur le plan personnel, d’où un certain manque de confiance du public dans la capacité d’agir de manière impartiale dans l’enquête sur leurs collègues.

[…]

Les membres du public peuvent déposer une plainte à l’IGPN personnellement, par courrier électronique, par courrier électronique et par l’entremise d’un site internet dédié à cet effet. Après un examen préliminaire de la plainte, l’IGPN et l’IGGN décident si une enquête doit être ouverte. Il convient de noter qu’en 2014, seulement 32 des 5178 plaintes, soit 0,6%, ont mené une enquête à l’IGPN, et l’IGGN affirme également que les plaintes provenant du public aboutissent rarement à une enquête. L’IGPN et l’IGGN expliquent cela par le fait que les allégations de mauvais comportement dont font état les plaintes ne relèvent pas de leur compétence. Cependant, il n’existe aucune information sur la nature des plaintes rejetées. L’image publique des autorités de contrôle se caractérise par une présomption de partialité envers les collègues de la police et de la gendarmerie.
Selon le chercheur Cedric Moreau de Bellaing, « en l’absence d’éléments irréfragables, un enquêteur IGS confronté à la version policière et à la version du requérant accordera un supplément de crédibilité à la première ».

[…]

En ce qui concerne la pratique de sanction, une documentation est la recherche menée par le sociologue Cédric Moreau de Bellaing sur les rapports 1996-2001 de l’Inspection générale des services (IGS). Un de ses résultats a montré que les autorités administratives ne sont pas sévères concernant les mauvais traitements.

C’est un paradoxe, mais les mauvais traitements sont moins souvent sanctionnés et sont moins sévères sanctionnés que d’autres types d’infractions aux devoirs professionnels.
Selon M. Moreau de Bellaing, « le ministère de l’Intérieur est bien plus sévère pour les manquements aux règles internes que pour les violences policières. Ces dernières représentent, au bout du compte, moins de 5 % des sanctions disciplinaires prononcées sur le territoire de la préfecture de police de Paris ». Un autre spécialiste des forces de police fait le même constat : « Des études montrent que les sanctions prises contre les policiers sont inversées proportionnellement à la gravité du fait examiné. Ainsi, les policiers ont un risque plus élevé d’être sanctionnés, par exemple, pour avoir perdu leur carte professionnelle que pour la violence illégitime ». Un troisième observateur des pratiques policières a écrit que « comme toutes les autres administrations, la police semble accorder plus d’attention au respect de sa règle interne de fonctionnement plutôt qu’au traitement de ses usagers ». Un quotidien d’investigation a écrit que « l’échelle des sanctions paraît parfois surprenante. Un usage frauduleux de cartes de carburants et un vol de téléphone portable seront l’un et l’autre sanctionnés d’une exclusion ferme de deux ans, tandis que les deux seuls cas de violences volontaires en service sanctionnés (l’un sur des gardés à vue, l’autre lors d’une mission) ne donnent lieu qu’à une exclusion ferme d’un an (plus un an de sursis). Quant à la dizaine de révocations ou de mises à la retraite d’office prononcées, aucune ne concerne apparemment des violences commises en service ». Les quelques cas analysés par l’ACAT montrent que les sanctions sont rarement proportionnelles à la gravité de l’infraction et ne dépassent pas les peines d’emprisonnement avec sursis, ne sont pas inscrites au casier judiciaire et ne sont pas combinées avec l’interdiction du travail en tant que policier ou surveillant.

[…]

Un rapport 2010 inédit de la Cour des comptes, publié par un magazine hebdomadaire, mentionne un dysfonctionnement fort à l’intérieur de l’IGPN et l’IGS. Le rapport aborde l’impartialité de ces deux institutions qui, contrairement à d’autres institutions
d’inspection européennes, sont toutes deux sous l’autorité directe du chef de toutes les forces de police qui sont dans leur champ d’investigation. Un problème est que les inspecteurs de l’IGPN et de l’IGGN sont employés par la police, même s’ils sont rattachés au ministère de la Justice. Ils ont un statut d’officier de police. Les inspecteurs en chef sont d’anciens commissaires et d’autres inspecteurs sont d’anciens policiers. La Cour européenne des droits de l’Homme a critiqué l’absence d’intervention extérieure dans le processus de contrôle et a conclu que « sans une réforme conduisant à une plus grande transparence, la pertinence d’un tel contrôle interne est incertaine, surtout à la lumière des institutions européennes indépendantes ».

En conclusion: ce dévoiement de la justice concernant les abus de la police française ne sont pas nouveaux avec les gilets jaunes: c’est l’aboutissement d’un système bien ancré et maintes fois critiqués par de nombreuses instances des droits de l’homme nationales et supranationales. En d’autres termes: la force de l’État français est arbitraire et sans contre-pouvoir. La France a d’ailleurs à ce titre été condamnée a plusieurs reprises. Et le gouvernement s’en contrefiche.

  • Cerise sur le (faux) gateau:

https://twitter.com/LPLdirect/status/1140292117048307712

Nous vous renvoyons vers notre dossier sur Twitter pour en savoir plus sur le #PitieGate de la manifestation du 1er Mai 2019, emblématique des violences policières sur tous les manifestants et journalistes (et pas seulement les gilets jaunes), avec toutes les preuves de ce «mensonge d’État» d’après David Dufresne, voire scandale d’État.

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