Petit billet pour saluer le travail d’investigation remarquable des journalistes de Libération, qui ont révélé le travail de la section scientifique de la gendarmerie, l’IRCGN, au sujet des grenades de désencerclement GLI-F4, prouvant leur dangerosité. Voici ce que le rapport révèle:

«La grenade est normalement conçue pour ne pas générer d’éclats […]. Cependant, des projections d’éclats transfixiants et de débris divers partiellement calcinés ont été constatées lors de tous les essais. […] L’onde de choc générée fragmente les tissus, les os et provoque des blessures très importantes dont la létalité dépend de la zone impactée. […] L’explosion d’une grenade tenue en main est susceptible de provoquer son arrachement»

Dangerosité donc largement supérieure à toute prévision, à laquelle s’ajoute les jets non réglementaires sans sommation et au milieu de foules, «accablant la police» d’après une analyse vidéo de Libération.

Ce travail scientifique a été largement ignoré et passé sous silence, l’extrême dangerosité de ces dispositifs étant pourtant connue et prouvée depuis au moins le 11 juillet 2018, date de publication de ce rapport, soit 4 mois avant la première manifestation des gilets jaunes! En effet, les autorités, bien conscientes du problème, n’ont fait que se renvoyer la balle! Voici ce qu’en dit Libération:

« Contactée, la procureure de la République de Saint-Nazaire, qui a reçu ce rapport dans le cadre de l’enquête sur la blessure de Maxime Peugeot en mai dernier, répond qu’il ne lui appartient pas «de se positionner sur l’aspect dangereux de l’arme». Les directions générales de la police et de la gendarmerie n’ont pas répondu à nos questions à ce propos. De son côté, le constructeur, l’entreprise Alsetex, déclare simplement que «la grenade en question n’est plus fabriquée depuis cinq ans». »

Au final, la décision des autorités a consisté en l’arrêt des commandes de cette grenade, tout en continuant l’utilisation jusqu’à épuisement des stocks, et tout en connaissant le risque de mutilation!

Le vendredi 18 janvier 2019, notre président Emmanuel Macron déclarait qu’«il faut une parole scientifique qui ne vaut pas la même qu’un simple citoyen. Toutes les expressions sont légitimes mais toutes les paroles ne se valent pas toutes». Cette hiérarchisation s’appliquerait-t-elle donc uniquement à la parole citoyenne et non à la décision politique?

Le texte de cet article est sous license Creative Commons Attribution 4.0 International (CC BY 4.0). Les images sont les propriétés de leurs auteurs tels qu’indiqués en description ici ou sur la page liée. Image d’en-tête par Sylvain SZEWCZYK sous CC BY 2.0.